L'expression « encyclopédie libre », séduisante au premier abord, se révèle équivoque dans certains cas. La création ou la suppression d'articles n'est pas toujours synonyme de l'expression d'une volonté clairement affichée. Il en va de même pour les critères d'admissibilité parfois mis à mal, voire franchement ignorés.
Je m'arrête aujourd'hui sur l'article - créé en avril 2024 - concernant la documentariste Anne-Laure Bonnel. De toute évidence, la création de la page a pour but, d'emblée, de discréditer cette personne qui a rendu compte de la guerre en Ukraine sur le terrain occupé par ceux qu'on nomme, dans la presse occidentale, les « séparatistes pro-russes ».
La première rédaction de l'article est explicite : « Anne-Laure Bonnel est une reporter de guerre et propagandiste pro-Kremlin française. » La brutalité de l'affirmation retient l'attention. Les discussions enregistrées à son propos visent à maintenir ce point de vue, y compris à l'aide de sources dont on peut douter de la fiabilité (le recours à un site ukrainien, par exemple, n'offre pas de garanties dans le contexte de la guerre). Toujours est-il que l'article est surveillé en permanence - et corrigé ! - par des contributeurs que l'on devine soucieux de ridiculiser la documentariste et son travail dans le Donbass. On a connu dans le passé un procédé de ce genre à l'encontre d'une autre réalisatrice de documentaires, Béatrice Pignède.
À l'heure où il est à la mode d'ironiser sur l'influence de la propagande favorable à la Russie, sans doute serait-il sage de se pencher sur l'intense activité des « influenceurs » en action dans le camp opposé ! Y compris sur Wikipédia...
